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06 mai, 2017



Lacs et Cols - 1er épisode
Suisse, Italie

Bon ça y est, la moto est chargée, où on va ?

OK, on passe voir un copain à Genève, pour la suite on improvisera.

C'est pareil à chaque fois, le but du voyage n'est jamais clairement défini, tout au plus une vague idée de la direction à prendre, l'important c'est d'être en vacances, de préférence sur une moto, le reste on verra bien.

Comme le dit le proverbe chinois "Le vrai voyageur ne sait pas où il va" (à moins qu'il ne s'agisse d'un extrait d'un dialogue d'Audiard?)

Un bout d'A5, parce qu'il faut bien se sortir du bazar iledefrançais et qu'il n'y a jamais personne sur cette autoroute, et puis on commence à se promener en Bourgogne puis dans le Jura.

On passe quelques moments au bord du Lac des Rousses et du lac de Joux, histoire de supporter la température caniculaire de ces derniers jours et on redescend dans l'enfer surchauffé de la métropole Suisse : L’Helvétie n'est déjà pas le pays où je me sens le mieux, mais avec 40 degrés c'est encore moins supportable... C'est décidé, ces vacances seront dédiées à la recherche de la fraîcheur au bord des lacs et en haut de montagnes.

Pour nous suivre dans notre quête:

On s'enfuit de Genève la torride, en suivant le Léman sur sa rive méridionale et on remonte le Grand Saint-Bernard, en longeant le Lac des Toules, ça fait déjà quatre lacs au compteur.

Passé le col, on est Italie, ça va tout de suite mieux, c'est vrai l'air paraît plus léger !

L’Italie, tout le monde connaît, pas la peine de vous raconter la bonne bouffe et les gens rigolards : Selon Cocteau "Un Français est un Italien de mauvaise humeur", donc un Italien est un Français souriant.

En plus, (du moins en Italie du Nord) une part relativement importante de la population comprend le Français, et une part à peine plus réduite le parle. C'est bien simple, on se croirait en Belgique, avec le soleil en plus.

Et les montagnes.

Et les pâtes à la tomate.

Et les Flamands en moins (non, je rigole, ils sont sympas aussi, c'est juste qu'on les comprend moins quand ils parlent).

Pour les côtés pratiques, en Italie l'essence est un peu plus chère, on trouve des hôtels aux alentours de 5o Euros assez facilement, les restaurants sont très abordables et le pain n'est pas fameux, mais c'est une question de goût, faut dire que je suis assez difficile sur ce plan-là.

Depuis mes premières balades transalpines (voir les Cinq Terres), on commence à voir de plus en plus de radars automatiques, plus ou moins signalés. La méfiance est donc de rigueur, d'autant que le concept de libre circulation des personnes et des biens dans l'espace Européens commence à concerner aussi les contraventions...

Cependant, les routes que j'emprunte sont plus propices à la flânerie qu'au raclage de repose-pieds.

Sauf dans certains cols, mais là vous allez vous faire tourner autour par les locaux, à moins de vous entraîner toute la semaine et de les attendre le dimanche matin : C'est pas dur, dès que vous voyez une horde de Multistrada, de GS1200 (sans les valises!) et de KTM Adventure, c'est eux, ne vous contentez pas de les suivre, passez devant eux sinon c'est vous que les Carabinieri vont choper en haut de la montée.

Bon, de toutes façons, avec la TDM, nous deux et nos bagages, on est loin de pouvoir jouer à ce petit jeu, et on ne répond même pas à la provocation, mais on fait gaffe quand même, pas la peine d'exploser le budget.

Bon, vous l'avez compris, j'aime bien l'Italie, alors on continue.

Depuis Aoste, on suit la vallée, les pressés prendront l'autoroute, et puis on passe à travers les derniers contreforts des Alpes, avec au loin vers le sud la plaine du Pô. On longe le lac d'Orta, puis pause au bord du lac de Mergozzo, sixième de la liste.

Au bord de ce petit lac loin des routes touristiques, je trouve un superbe hôtel au bord du lac, plage privée, décor fin 19ème siècle, garage pour la moto... et prix raisonnable !

Le village est à deux pas et il sent bon la douceur de vivre, avec ses petites ruelles fraîches, son petit port et les gosses qui jouent sur la place.

Ce sont des endroits comme ça où on se dit qu'il ferait bon y poser ses valises le jour venu...


La route de la Dolce Vita :

Mais le jour n'est pas venu (viendra-t-il ?), et la route nous emmène ensuite au lac Majeur jusqu'à Lugano. Là on commence à voir des demeures magnifiques, les lacs italiens sont depuis des siècles les lieux de villégiature des nantis des grandes villes du Nord. Par contre, difficile d'approcher l'eau, les plages sont réservées.

Le paysage est magnifique avec les montagnes qui encerclent le lac, comme pour la plupart des lacs du Nord de l'Italie. Dans ces régions assez fréquentées, il faut quand même regarder AUSSI la route : La circulation est parfois "Italienne", mais je trouve les autochtones à 4 roues beaucoup moins agressifs que leurs homologues helvètes : l'Italien donne parfois l'impression de faire n'importe quoi, mais en général il est beaucoup plus attentif à ce qui se passe sur sa trajectoire que les autres Européens.

Ceci dit, une fois qu'il a jugé qu'il pouvait passer, il DOIT passer, on est dans un pays latin, ne l'oublions pas. Donc, inutile de faire des appels de phare ou des coups de klaxon (à chaque fois, j'ai reçu un salut hilare, l'avertisseur étant destiné à dire bonjour à quelqu'un de sa connaissance), on se pousse un peu et ça passe.

La route serpente le long du lac, et puis on traverse les collines vers le lac de Lugano, repos à Ponte Tresa, dans une petite pension de famille au décor incroyablement kitsch, tenu par deux mamies incroyablement âgées mais incroyablement gentilles.

Huitième lac au compteur, mais pas de bain de minuit, les moustiques sont trop agressifs.

On est là :

(La suite dans un prochain article, soyez patients !)







29 octobre, 2014


Je vais faire mes valises et foutre le camp...

(I'm gonna pack my bags and make a getaway, Chuck Berry, "Saint Louis Blues")

Attention, les lignes qui vont suivre énoncent des évidences, des règles de bon sens vieilles comme le monde, voire des conseils bétifiants.

Si vous n'avez pas envie de lire ce genre de choses et que votre longue expérience vous assure un voyage sans encombre et une route sereine pavée de pétales de roses et bordée de radars automatiques en panne, passez votre chemin.

Sinon, j'ose espérer que ces simples conseils, à la lumière d'expériences personnelles plus ou moins heureuses, seront utiles à certains rencontrés en route  ...

D'abord, et c'est triste à dire, mais le motard français des années 70-80, avec ses affaires ficelées sur la selle et emballées dans des sacs-poubelles bleus, à malheureusement disparu. Le sac-poubelle est maintenant gris ou noir, tout fout le camp...

De plus, sa fragilité évidente, qui fait que la cohabitation avec les crochets des tendeurs ouvrait une brèche béante à l'humidification du sac de couchage à la moindre averse, l'a renvoyé en son domaine initial, sous l'évier ou au fond du garage.

Le motard du 21e siècle est maintenant équipé en plastique dur, voire en métal brut de fonderie. Tout ceci assure à la fois solidité et protection contre le malandrin voleur de petites culottes, mais ces derniers temps la tendance est un peu à l'embonpoint et cela donne rapidement à votre fine gazelle motorisée un aspect éléphantesque, certes statutaire, mais parfois gênant dans les embouteillages parisiens ou les rues étroites des petits villages des Asturies.

Donc, premier point, en termes de bagagerie, voyez un peu plus petit que vous ne pensez, ainsi vous serez obligé d'optimiser le remplissage.

Il est indispensable aussi de répartir les masses, et un bon moyen pour cela, c'est la sacoche de réservoir. La fixation peut être aimantée, sur un tapis ou le bouchon de réservoir, selon les goûts. Le tapis fixé à demeure masque le réservoir mais le protège aussi des petits chocs. Attention, si vous roulez dans la poussière, il est impératif de nettoyer périodiquement l'intérieur du tapis sinon la poussière accumulée va se transformer en abrasif : Avec les vibrations et les petits mouvements du tapis sur le réservoir, ce dernier va se retrouver dépoli en un rien de temps...


Beaucoup de sacoches de réservoir peuvent se transformer en sac à dos, n'hésitez pas, c'est vraiment très pratique.

Attention, toutes ne sont pas aussi pratiques. Comme quoi il faut vérifier les dimensions avant d'acheter sur Internet.

Dernier point concernant la bagagerie, évitez de charger sur la fourche, ça donne peut-être un look "Easy Rider" mais ça n'est pas très optimal pour la conduite de la machine. A la rigueur une veste de pluie dans un paquet bien ficelé, mais pas une trousse à outils de 4 kilos...

Pour optimiser le contenu, quelques principes de base : Un peu de lessive ou de la petite monnaie (pour la laverie automatique) prennent beaucoup moins de place que du linge de rechange pour un mois. Bien entendu, cela n'est pas valable si vous envisagez de parcourir la piste allant de Dalanzagdad à Krasnokemensk en passant par le désert de Gobi, mais dans ce cas il se trouvera peu de gens pour vous reprocher votre tenue négligée..

De même, trois T-Shirts superposés font à peu près le même boulot qu'un pull moyen. Là aussi, si votre périple vous fait suivre la côte sud de l'Islande de Kirkjubaejarklaustur à Borgarfjörur Eystri au mois de mars, ça va être un peu juste, mais pour passer les cols des Alpes en redescendant sur la Côte d'Azur, ça suffira.

 Enfin, bon, même si il se met à faire plus chaud, ne retirez pas tout quand même...

Poursuivons dans l'optique de réduire les volumes tout en gardant l'indispensable, soyez un geek astucieux en choisissant vos jouets (téléphone, tablette, appareil photo, que sais-je) utilisant tous le même chargeur de batterie ; Le micro-USB commence a être une norme, mais certains constructeurs, dont un a repris le nom du label discographique des Beatles, s'assurent une originalité payante en personnalisant leurs connecteurs.

Si vous embarquez une "liseuse", avec la ferme intention de vous replonger dans La Recherche du Temps Perdu de Proust entre deux bastons avec les copains dans la montée du col de Tende, ajoutez à votre collection de romans policiers malgaches et vos poètes suédois le manuel d'atelier en PDF de votre moto, on trouve ça sur tous les forums dédiés à votre marque préférée et ça peut servir.

Toujours dans le domaine du numérique, téléchargez sur un site de partage de photos ou tout simplement envoyez-vous un mail avec les scans de vos documents d'identité, carte grise, et quelques photos de la moto. Sans être parano au point de craindre de vous faire détrousser de vos papiers et de votre pétoire par les indépendantistes berrichons de Nouan-le-Fuzelier, vous pourrez toujours montrer aux forces de l'ordre à quoi ressemblait votre chère B.. R1200CL avec sa peinture personnalisée.


 Le gendarme pourra ainsi vite vous rassurer, elle n'a pas été volée mais enlevée de la voie publique où elle était garée, pour outrage à l'esthétique.

Comme malgré mes conseils vous avez abusé un peu et rempli plus que de raison vos valises, vous n'avez peut-être pas remarqué, mais le couvercle ne joint plus très bien. Après 300 Km sous la pluie, votre espoir d'enfin enfiler des vêtements secs à l'étape va se transformer en cruelle désillusion. Redonnez un sens à l'existence des sacs-poubelle relégués sous l'évier (voir plus haut) en emballant dans iceux vos petites affaires avant de sauter à pieds joints sur la valise pour la fermer.

N'oubliez pas qu'on a TOUJOURS une bonne occasion de remplir encore plus ses bagages au cours du voyage : Le pique-nique du midi, un T-Shirt souvenir "Mes copains sont allés à Ambatofinandrahana et tout ce qu'ils m'ont ramené c'est ce T-Shirt idiot", le bidon d'huile acheté en route... Prévoyez donc de garder un peu de place vide, de préférence dans le top-case, la répartition des masses vous en sera reconnaissante.

(Pour les nuls en géographie, Ambatofinandrahana c'est sur la route numéro 35, un peu avant la bifurcation vers Ambohimanatahotra)

Ah, j'allais oublier, la moto ; Quelle est la meilleure moto pour voyager ? Réponse : La vôtre.

Celle que vous connaissez, qu'au fil du temps vous avez équipée pile-poil comme il faut, même si le résultat est parfois... surprenant (voir photo ci-dessus). et qui vous a appris que tout nouvel aménagement DOIT être essayé durant au moins 100 Km avant de partir faire la traversée du département de la Haute-Marne sans assistance.

Bien entendu, ce conseil est aussi valable pour votre équipement personnel : Rien de plus ennuyeux que de se rendre compte que les superbes gants qui étaient "un peu justes, mais ils vont se faire et puis en solde à ce prix c'est une affaire" vous font souffrir le martyre au bout de 50 bornes, ou qu'on avait oublié que le pantalon de pluie était déchiré précisément à l'endroit qui vous assure un bain de siège à la moindre averse. Parce que, évidemment, il vaut mieux faire cet essai un jour de pluie...


Rien de plus à dire, préparez-vous au mieux mais sachez que les meilleurs souvenirs sont aussi faits des petits tracas...


04 septembre, 2014

Quarante mille kilomètres.

C'est la distance à parcourir pour faire le tour du monde en suivant l'équateur. Comment se fait-il que certains, en affichant 130 000 bornes au compteur, n'en soient qu'à la moitié ?

C'est la question à laquelle à refusé de répondre Trevor, rencontré cette semaine ; Il n'en avait pas la moindre idée, de même qu'il ne savait pas encore si il en était vraiment à la moitié, de même qu'il ne savait pas non plus si il allait réussir à faire les 30 kilomètres suivants.

C'est un des nombreux tourdumondistes qui sillonnent les quatre coins du globe (c'est ça qu'on appelle la géométrie variable), parti il y a exactement 2 ans de Washington après avoir lâché son boulot d'ingénieur, parce qu'il s'était dit qu'à 57 balais il n'allait pas attendre d'être à la retraite pour faire sa balade (surtout dans un pays réputé pour ses prestations sociales assez peu généreuses), et que c'était maintenant ou jamais.

Ce n'est pas un acharné du tour du monde en 80 jours, lui c'est plutôt en 80 mois qu'il va boucler la boucle, parce que la ligne droite n'est pas toujours le meilleur chemin d'un point à un autre (1er axiome de la géométrie variable).

Qu'on en juge plutôt (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :


Vous voyez, là, en bas à droite de l'image, y'a pas de traits rouges, et puis il en manque un bout, vers l'est, où y'a rien non plus...

Un peu dubitatif pour traverser directement du Nord au Sud le continent africain, chaque pays présentant d'intéressantes spécificités dans le domaine du décès prématuré de l'être humain, que ce soit à coup de politique, de croyance religieuse ou de virus Ebola, il envisage maintenant de rejoindre son Walhalla personnel (l'Afrique du Sud) en passant par la Pologne, l'Ukraine, la Turquie, l'Iran et L'Arabie Saoudite.

On a eu beau lui expliquer que Georges-Marie Haardt, colonisateur franco-belge sponsorisé par Citroën et inventeur du rallye Paris-Alger-Le Cap en autochenille, avait choisi un chemin bien plus court, il n'en démord pas, arguant que la Super-Ténéré ne mérite pas complètement son nom et est plus à l'aise sur les routes en dur que sur le sable (faut dire, il n'a pas vraiment tort), donc qu'un "léger" détour est à envisager pour bénéficier de conditions de circulation plus tranquilles (?).

Leurs routes fussent-elles convenablement macadamisées, je ne suis pas certain que l'Ukraine, l'Iran et l'Arabie Saoudite soient des pays très fréquentables pour quelqu'un en provenance des Zétazunis, fût-il muni d'un passeport Australien, mais bon...

A peine troublé par la sournoise défection d'un tendeur de chaîne de distribution qui aurait pu mettre à mal ses projets et ses soupapes d'échappement, il envisageait déjà de rejoindre Le Cap par les transports en commun, se trouver une pétoire quelconque sur place et remonter en France en attendant la réparation de sa Yamaha.

Coup de bol, malgré 4 dents sautées sur l'arbre à cames d'admission, pas de dégâts sur le haut-moteur, un tendeur neuf et c'est reparti, pour une chaîne neuve on attendra le prochain concessionnaire, à Przeworsk, Dogubayazit ou peut-être même Bandhar-E-Ganaveh, où la plage est sympa mais on y voit peu de jolies filles en string.

Partant du principe que la Super-T ne lui avait causé aucun souci en 78000 Miles jusqu'à ce qu'un malheureux tendeur vienne à faire défection, il ne voyait pas de raison à ce que la machine ne continue pas comme ça, et qu'au moins il avait largement passé le cap des éventuels défauts de jeunesse.

Bonne chance, Trevor, et bon courage surtout, malgré ton tapis de selle en billes de bois, taillé dans le couvre-siège d'un chauffeur de taxi New-Yorkais, tu n'as pas fini de te tanner le derrière... Mais on te souhaite surtout des belles rencontres et des souvenirs plein la tête.

Pour le suivre sur Touiteur et Fesse de Bouc :

https://twitter.com/aroadanywhere

https://www.facebook.com/aroadanywhere?fref=nf









23 avril, 2014



Espagne, côté Atlantique

Episode 6 : Galice et Asturies (et fin du voyage)

Nous voici donc à O Vincendo, où on se dit qu'on y passerait bien le reste des vacances, et même plus. C'est un petit coin de paradis, avec une ambiance de port de pêche canadien, un arrière-goût de plage caribéenne, une pointe de climat breton (estival), le tout épicé aux piments espagnols.



La moto reste posée dans un coin de la cour de l'hôtel, on change de menu : Glandouille sur la plage et balades à la découverte des alentours, c'est rocailleux et ça grimpe mais le spectacle est au rendez-vous.

Ca pourrait faire penser aux Cinque Terre en Italie, mais c'est moins touristique, un peu moins spectaculaire mais avec beaucoup de charme.

C'est aussi moins onéreux ; Comme évoqué dans le précédent article sur la Galice, un chambre tout confort à l'unique hôtel de la ville (et peut-être à 20 Km à la ronde...) ne coûte que 30 euros, je me répète mais l'Espagne est vraiment un pays bon marché, et l'accueil est toujours très agréable.

Malheureusement l'échéance du retour à la dure réalité se rapproche, il faut songer à repartir. On continue donc à suivre la côte de la mer Cantabrique, mais cette fois-ci la boussole indique l'est. Toujours cette alternance de montagne et de criques, et on arrive au petit port de Luarca.

Puis, un peu perdu par l'absence de cartes précises de la région (pas faciles à trouver sur place, essayez plutôt de trouver en France les cartes d'un célèbre fabriquant de pneumatiques) et éprouvant soudain une envie de ne pas suivre les injonctions du GPS, je me suis retrouvé à suivre une route improbable mais pittorresque. Je voyais bien que le direction était globalement vers le sud-ouest alors qu'il nous fallait aller vers le levant, mais l'aspect de plus en plus alpestre des paysages n'était pas pour nous déplaire.


Mine de rien, on s'engageait dans les Asturies, cette belle chaîne de montagnes qui pointe à l'horizon depuis le début de notre périple, et dont on avait eu un petit aperçu en montant sur Leon. Sauf que là, pas d'autoroute au revêtement billardesque, on s'est retrouvés sur un chemin à peine empierré au milieu de nulle part, avec de loin en loin quelques fermes isolées, et des gens hors d'âge qui nous faisaient de grands signes de la main depuis leur champs où ils ramassaient un maigre foin, bien étonnés de voir des voyageurs en moto passer par chez eux.

Un genre de voyage dans le temps, ponctué par une halte dans un minuscule village avec un restaurant fréquenté uniquement par les ouvriers agricoles de la région. Ici, personne pour parler ne fut-ce que des rudiments de la langue de Molière, alors comment se faire comprendre pour expliquer ce qu'on voulait manger ? Facile, il y avait à chaque fois deux entrées ou deux plats à choisir dans le menu : Il suffit alors de pointer chaque index des deux mains et de dire "Un et un" (avé l'assent ça fait "Oune et Oune"). Problème, il y avait un choix de trois desserts... Tant pis, la patronne pas embarrassée nous a apporté les trois en nous faisant comprendre qu'on paierait le même prix (même pas 10 euros par personne).

C'est une petite anecdote de rien du tout, mais c'est une fois de plus une confirmation que les gens sont accueillants en Espagne !

On a ensuite continué par des routes vertigineuses, par endroits à peine plus larges que la moto, bien que parfois dévalées par des camionnettes en folie, obligeant à se garer sur le bord de la route, là où on pose un pied seulement, du côté du bitume, parce que pour poser l'autre pied sur le sol il faudrait une jambe de 200 mètres de long. Malgré la chaleur, on a eu quand même quelques frissons... Ici pas de risque de s'empaler sur un rail de sécurité, ceux-ci sont d'origine végétale, bio à 100% et ne dépassent pas 10 cm de haut, à cause de la sécheresse.



Au bout d'un après-midi, on a retrouvé un peu de 21ème siècle dans la jolie vallée de L'Alande, qui nous a ramenés dans la direction orientale de notre trajet de retour. Escale nocturne à Pola, puis on continue à redescendre vers l'océan.

Là, le bout de la route c'est le magnifique village de Llastres accroché à la falaise qui domine le port, et ses fameuses sardines grillées.


C'est sur cette note gastronomique qu'on décide de filer au plus vite vers la France, notre escapade montagnarde nous a fait perdre près d'une journée et il nous reste à explorer un peu le Pays Basque, donc un (gros) coup d'autoroute et on arrive à Bergara. On se trouve un vieil hôtel plein de charme et on découvre une ville très vivante, et notre dernière soirée espagnole est ponctuée d'un concert de rock sur les bords de la rivière et d'un orage cataclysmique qui pousse la moitié de la population à se réfugier dans le bar. Ce sera la seule pluie de notre voyage, mais elle a contribué à nous faire passer une soirée mémorable.


Le lendemain matin, réveil en fanfare, au sens propre car c'est dimanche et l'harmonie municipale sillonne les rues de la ville en faisant résonner les musiques traditionnelles. Petit pincement au cœur, c'est comme une façon de nous dire au revoir...



C'est ensuite le retour vers la France en sillonnant le Pays Basque, dans les montagnes cette fois-ci, et le temps un peu maussade ne gâche pas un paysage magnifique et verdoyant. On arrive à Saint-Jean Pied de Port (et non pas pied de porc comme je l'ai déjà vu, rien à voir avec la charcuterie, il s'agit de la ville au pied du port, autre nom pour désigner un col). On retrouve le plaisir de se faire rouler dessus par les automobilistes inattentifs et individualistes, la sensation grisante de risquer son permis de conduire pour un Km/h de trop (quatre radars entre St Jean et Biarritz, soit environ un tous les 10 Km), l'essence à 1,60 euros le litre, le retour chez soi, quoi...

Après un tel voyage, c'est dur... Que dire de plus que je n'aie déjà dit ? On gardera un souvenir impérissable de ce séjour, le nord de l'Espagne est vraiment un pays fabuleux à vivre et à parcourir en moto, ce n'est pas la porte à côté mais ça vaut vraiment le coup.

Quelques adresses :
- Le restaurant sur le port de Llastres, j'ai oublié son nom mais il n'y en a qu'un, réputé pour ses sardines grillées et son serveur déconnant qui parle (mal) 25 langues en les mélangeant toutes, surtout quand il s'agit de draguer les filles...

- Hotel Ormazabal à Bergara http://hotelormazabal.com/fr/index.php caché dans le dédale des rues et identique à ce qu'il devait être au début du 20è siècle (avec la salle de bains en plus)

Une fois n'est pas coutume, je vous propose deux itinéraires :
- La suite de la route le long de la côte Atlantique, y compris notre détour dans les montagnes :
O Vincendo - Llastres (format GDB)
O Vincendo - Llastres (format GPX)

- La route dans le Pays Basque, qui peut faire un itinéraire en partant la côte Française :
Llastres - St Jean PdP (format GDB)
Llastres - St Jean PdP (format GPX)




22 mars, 2014

Espagne, côté Atlantique

Episode 5 : Galice

La côte Atlantique qui remonte au nord de Porto donne un aperçu de ce que l'industrialisation du loisir peut faire de pire dans un paysage, histoire de rajouter un peu d'amertume dans notre sentiment envers ce séjour au Portugal.

Pourtant, lors d'un arrêt dans un petit village qui devait se composer il y a quelques années d'une dizaine de baraque de pêcheurs et qui se résume maintenant à un alignement de blocs de béton le long d'une voie rapide, on trouve un restau agréable, des gens aimables, toute une famille qui fait là sa réunion dominicale et nous accueille avec des grands sourires en voyant notre plaque d'immatriculation française ; La moitié des convives vient de Normandie et est rentrée passer ses vacances au pays.

Pas dupes sur notre enthousiasme mitigé, ils sont néanmoins contents que quelques touristes viennent dans leur région sans que des attaches familiales ou historiques ne les y invitent. On comprend alors que le maintien du lien affectif et la volonté d'assurer à leurs aïeux un logement décent priment sur l'esthétique des villes.

Plus au nord, on retrouve le paysage des rias avec l'embouchure du Rio Lima, surplombé par l'imposant rocher et la basilique de Viana Di Castelo, puis on longe les 20 kilomètres de l'estuaire du Rio Mihno, frontière naturelle entre le Portugal et l'Espagne, que l'on franchit entre Valença et Tui par un curieux pont mixte : Les voitures en-dessous, les trains au-dessus.



Une route vallonnée redescend ensuite sur un large ria, où se niche le port de Vigo, hier point de départ de l'immigration d'une part importante de l'Espagne vers les Etats-Unis, aujourd'hui ville animée et riche, où on replonge vite dans l'ambiance espagnole...

On repart le lendemain, avec pour se réveiller un menu épicé composé de paysages spectaculaires, de routes qui dévalent les montagnes pour suivre les rias, le tout servi bien chaud. Notre route s'infléchit et la boussole cesse de pointer vers le nord pour indiquer l'ouest, direction le bout du monde.

Enfin, pas vraiment le bout du monde, en réalité le cap Finisterre n'est pas le bout du continent Européen (c'est le Cabo da Roca au nord-ouest de Lisbonne), mais c'était le bout ultime du voyage pour les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. On fait un genre de pèlerinage nous aussi, alors nous voilà à une étape symbolique.

Par contre, on n'imitera pas les pèlerins et on ne laisse pas nos chaussures attachées à l'antenne qui domine le rocher, elles peuvent encore servir.

Curieusement, alors qu'à la boutique du Cap, au milieu des huit cent cinquante deux mille variations "Artistiques" autour du thème (et à base de) coquilles Saint-Jacques, une bouteille de 50 cl d'eau minérale (Française !) coûte un demi-mois de salaire, il est possible de se loger pour un prix très modique à deux pas du Cap, au bord de la plage de la Sardine. Une bonne nuit (pour une fois tranquille, les lieux ne sont pas très propices à la Movida...) et on repart, avec le même menu qu'hier mais on ne s'en lasse pas.

Au bout d'une journée à en prendre plein les yeux de mer et de montagne, de petits villages et de côte découpée aux recoins infinis, on tombe un peu par hasard sur un petit port.

Ca y est, on a trouvé, on ne va pas plus loin, c'est là qu'on va rester. Ca s'appelle O Vincendo, le village comporte 400 habitants au maximum, un hôtel à 30 Euros la nuit et des sites de rêve (voir photo en haut de l'article.

On ne sait pas si on repartira un jour.


Mieux que la NSA et le FBI réunis, espionnez nos péripéties Galiciennes  :

Porto - Cap Finisterre - Ovincedo.gdb
Porto - Cap Finisterre - Ovincedo.gpx


Bonnes adresses :
- Hôtel Nicola, à Sardineiro de Abajo (la Sardine !), sur la route du Cap. A noter, chez eux une seule assiette de spaghetti "Frutti di Mare" nourrirait une famille de 4 personnes durant une semaine.
- Pension Remo, rue Rosalio de Castro à O Vicendo. L'unique hôtel du coin marche avec l'unique restau du coin, un peu plus bas dans le village : L'accueil est chaleureux et le restau est sans prétention mais délicieux.

08 janvier, 2014


Espagne, côté Atlantique

Episode 4 :
Le Portugal

Aujourd'hui, on est toujours en Ibérie mais du côté lusitanien ; Autant dire qu'on est passés dans une faille du continuum spatio-temporel, à plus d'un titre : Déjà, il y un décalage d'une heure avec l'Espagne, ce qui est logique car le temps de l'extrémité occidentale du continent ne doit pas être identique à celui du bout oriental de l'Autriche-Hongrie.

Imaginez, quand le soleil se couche à 8 heures, pendant que vous dégustez des Hortobágyi Palacsinta au restau de la gare de Kispàlad, il reste encore quelques bon moments pour profiter de la douceur de la plage à Figueira do Guincho, donc l'horloge affiche une heure en moins, c'est logique.


Par contre, le décalage d'ambiance est assez déroutant. Pour tout dire, autant on s'est sentis à l'aise en Espagne, autant on n'a pas compris ou perçu le Portugal.


Un séjour à Lisbonne il y a quelques années nous avait donné un aperçu du charme de la vie portugaise, et les nombreux témoignages d'amis voyageurs nous avaient incités à retourner dans ce pays, mais là, j'avoue que le courant n'est pas passé. Non pas que l'accueil ait été mauvais, loin de là, aucun désagrément n'est venu entacher notre périple, mais simplement on est passés à côté du pays.


Quelques explications à cela, afin de ne pas vous ôter l'envie d'aller y voir par vous-même : Déjà, le Nord du Portugal ce n'est pas le Sud, c'est bizarre mais dans tous les pays c'est comme ça, le sud de la Suède a un côté nonchalant que n'a pas le Nord de l'Italie.

Ensuite, le pays ne semble pas être au mieux de sa forme économiquement parlant ; D'accord, 99% des pays de l'Europe sont à peu près dans le même état, mais c'est là qu'intervient la mentalité des habitants : Pour caricaturer, face à une telle situation, l'italien se débrouille, le français râle sur le gouvernement, l'espagnol s'en fout et fait la fête et le portugais travaille dur.


Parce qu'on sent que les gens ne sont pas là pour rigoler, à priori la crise de 2008 a touché durement la population active, qui est allée voir à l'autre bout de l'Europe si il n'était pas possible de se faire un peu d'argent... Moralité, peu de jeunes (en dehors de Porto), pas de mise en valeur ni d'entretien du patrimoine et une ambiance un peu tristounette.


Enfin, un épisode peut expliquer ces impressions : Le premier soir de notre arrivée dans le pays, à Bragancia,  pendant qu'on goûtait à la Bacalhao, une télé tonitruait dans le restaurant. Soudain, un type à l'air sombre est venu annoncer un autre type à l'air encore plus sombre qui s'est mis à débiter des sombritudes derrière un pupitre gouvernemental. Au fur et à mesure, les gens prenaient le même air sombre... Le débat qui s'en est suivi parmi les clients du restau nous a indiqué sans équivoque que les mois qui allaient suivre pour eux et le reste de la population n'allaient pas être de la tarte, ni même du Pasteis de Nata (un genre de petit flan, délicieux).

Seconde déception, les informations ont continué et malgré le brouhaha (il n'y a pas que les Français qui râlent après le gouvernement), on a compris que le zone où sévissaient des terribles incendies de forêt était justement celle où on comptait commencer à suivre la vallée de la Douro, site incontournable selon la majorité des visiteurs de ce pays.


Donc, on a décidé d'abord de ne plus regarder la télé durant les vacances, puis d'aller voir plus bas et rejoindre la Douro plus en aval vers Porto.



Troisième déception, ce n'est sans doute pas la plus belle partie de la vallée : Même si les vignobles accrochés à flanc de coteau témoignent, s'il en était besoin, de la ténacité du portugais à exploiter au mieux la terre aride de son pays, le paysage finit par manquer de variété, d'autant que, comme évoqué précédemment, le patrimoine n'est pas mis en valeur : Pas de possibilité de visite malgré la présence de noms prestigieux du vin de Porto, les lieux d'histoire sont délaissés au profit de bâtiments récents et fonctionnels. Enfin, le climat est vraiment dur à supporter, le soleil tape fort et l'ombre est aussi parcimonieuse que la charcuterie dans un sandwich TGV.





Arrivés à Porto, on décide de rester un peu. Certes, la ville est plutôt agréable mais on sent ici aussi un manque de moyens : La décrépitude ce n'est pas la même chose que le charme surranné... Les contrastes sont étonnants, sur les "Champs-Elysées" de la ville les immeubles des compagnies bancaires côtoient un immense hôtel aux fenêtres murées, un terrain vague avec quelques maisons effondrées jouxte un centre commercial flambant neuf, sur des rues entières des maisons décorées d'Azulejos (carreaux de décoration en faïence, aux tons bleus) sont aussi couvertes de tags. Tout ce bric-à-brac donne l'impression d'un choix délibéré de laisser les choses à l'abandon et de reconstruire du neuf, plutôt que de conserver les vestiges du passé.


Il est vrai que c'est beaucoup plus simple, et que ça coûte moins cher. C'est aussi symptomatique d'un pays qui se tourne vers le futur et renie son passé, ce qui peut se comprendre étant donné l'histoire récente de ce peuple.


Désolé, j'ai gâché l'ambiance, mais le but d'un article de blog est aussi de donner un point de vue, fut-il à l'encontre des autres opinions.

Cependant, je répète que les gens sont accueillants, le coût de la vie n'est pas très élevé et il y a quand même beaucoup de choses à voir, et je suis convaincu que ce pays mérite de s'y attacher, mais cette fois-ci on n'y est pas arrivés; Donc, allez-y, faites-vous votre propre opinion, regardez le Portugal avec d'autres yeux et un autre esprit et partagez votre expérience.

En regardant les photos et en replongeant dans nos souvenirs pour écrire cet article, finalement on se dit qu'on était pas si mal au Portugal, c'est juste qu'on avait peut-être pas assimilé le décalage d'une heure...

Dans le prochain article, on retourne en Espagne, en Galice pour être précis, et là on va retrouver le sourire (qu'on avait pas vraiment perdu, d'ailleurs).


Pour nous suivre :
Bragancia-Porto (format gdb)
Bragancia-Porto (format gpx)

Mais la vallée de la Douro commence bien plus haut, donc voici la route théorique, qu'on aurait pu emprunter si le pays n'était pas en feu... (Sans garantie, c'est une route compilée d'après les cartes et les infos glanées ici ou là, mais on n'a pas pu y passer et donc la vérifier)
Bragancia-Porto par la vallée de la Douro (format gdb)
Bragancia-Porto par la vallée de la Douro (format gpx)

Deux adresses plutôt bonnes :

Le seul hôtel de Lamego, à peu près à mi-chemin, assez luxueux mais pas trop cher : http://www.hotellamego.pt/en/

L'auberge Vice-Rei, un hôtel sans prétention mais bon marché et assez proche du centre de Porto :
http://www.hotelvicerei.com/index.php?run=presentation&l=2

Ces deux hôtels sont indiqués sur l'itinéraire.

22 décembre, 2013

Espagne, côté Atlantique

Episode 3 :
Leon et Province de Zamora

On arrive donc à Leon, non sans quelques "Duels" avec les semi-remorques dévalant à toute berzingue la route du col du Pajares.

Après les sueurs froides, les sueurs chaudes, il fait 38 °C et la recherche d'un hôtel au milieu de la circulation, avec l'air chaud gentiment brassé par le ventilateur de la TDM qui remonte le long des jambes, ça tourne un peu au calvaire. Ici, pas de petite brise côtière, en plus on est sur un plateau à 800 mètres d'altitude, donc plus près du soleil.

A la limite du point de fusion de mon cerveau, j'entrevois une enseigne "Hôtel" sur un bâtiment un peu moins haut que la tour Eiffel, avec sur la façade un nombre d'étoiles dont n'osait même pas rêver un général soviétique. Tant pis pour le prix, on sature, alors on pose la moto et j'entre, et les deux cents mètres (environ) à parcourir entre la porte et le comptoir d'accueil me permettent de profiter durant quelques minutes d'une climatisation bienfaitrice qui me ferait presque abandonner mes convictions quant aux économies d'énergie.

En frissonnant un peu, non pas à cause du froid mais en imaginant le trou abyssal dans notre budget provoqué par notre besoin de passer une nuit reposante dans une chambre fraîche à deux pas du centre historique de la ville, je demande le prix de la chambre à une charmante hôtesse.

Celle-ci m'ayant répondu dans un français impeccable, pas d'erreur sur le montant : A 50 Euros, vu le nombre d'étoiles, si je calcule bien ça fait l'étoile à 12,50 Euros, ce qui place l'endroit en première position devant les établissements de la chaîne d'hôtels automatiques dont le nom évoque une compétition automobile (et la vitesse de course des cafards sur les murs...), ceux habituellement coincés entre le fond de la zone industrielle et l'autoroute.

Le frémissement me reprend quand on me précise que les déjeuners ne sont pas compris, mais coûtent 7 Euros par personne pour un buffet qui s'avérera gargantuesque. Bon, le café était un peu tiède, mais ça ira quand même.

Une promenade dans la vieille ville à la fraîche nous fait découvrir des merveilles d'architecture et une ambiance très agréable.


Tout en savourant un repas en terrasse pour un prix modique, nous faisons un bilan de ces derniers jours, et on confirme nos impressions sur ce pays :
- L'ambiance est sympa, le tout est d'attendre la fraîcheur du soir pour que les gens sortent et que les rues s'animent. Une fois la nuit tombée, il y a foule dehors, de 3 à 103 ans, et les restaurants et les bars se remplissent. Conséquence, les nuits sont parfois courtes...
- Les gens sont accueillants, et la plupart du temps, dès qu'on parle français, on tombe sur quelqu'un qui essaye ses rudiments de la langue de Molière. Il faut dire que les chemins que nous avons parcourus jusqu'alors ne sont pas ceux les plus fréquentés par les touristes (du moins ceux qui viennent du nord des Pyrénnées), alors les autochtones ont une certaine bienveillance envers ceux qui ont choisi leur région.
- Les prix sont attractifs, l'épisode de l'hôtel 4 étoiles qui coûterait le triple dans n'importe quelle ville moyenne en France n'est qu'un exemple parmi d'autres. L'essence aussi est bon marché, et on mange comme quatre dans les restaurants pour 10 euros chacun.
- La conduite sur route ne s'apparente pas à une corrida, les Espagnols respectent plus les autres usagers que les limitations de vitesse, mais c'est toujours à bon escient. On est loin du parisien moyen qui klaxonne au carrefour quand le feu vert sur l'autre voie COMMENCE à s'éteindre, et qui se met debout sur les freins au moindre virage sur une petite route de campagne.
- La moto est intégrée à la vie de tous les jours et considérée comme les autres moyens de transport et pas comme un jouet de voyou ou un outil pour cadre surbooké impatient d'arriver à l'heure à son rendez-vous. Attention quand même aux remontées de files, ce n'est pas encore totalement rentré dans les moeurs, le tout est de faire ça gentiment et pas façon "T-Max sur le périphérique à 6 heures du soir". De même, ne pas se garer n'importe où, mais tout ça ce sont des préceptes de base valables partout où on ne veut pas s'attirer des ennuis.

Cependant, j'ai cru comprendre que, du côté de la Méditerranée ou des villes touristiques du centre, cette jolie musique n'est pas la même, mais je laisse à ceux qui y sont allés le droit de nous contredire sur ces points.

Le lendemain, on repart (un peu tard !) vers le sud-ouest, pour rejoindre le Portugal par la Province de Zamora.

Le début du trajet n'est pas passionnant, on est sur un plateau écrasé de soleil, ça ressemble à la Beauce en période de canicule... Heureusement, les longues lignes droites permettent au Twin de se dégourdir les bielles, d'autant que la route est un vrai billard.

Insensiblement, le paysage et la végétation changent, les virages se resserrent ; Passé Castrocontigro, on attaque la montagne et là, la Beauce est devenue Causse. On est dans un désert de cailloux et d'arbres rabougris, seuls quelques villages abandonnés jalonnent la route (j'ai oublié, faites le plein en quittant Leon, si vous avez une autonomie un peu faible vous risquez des mauvaises surprises). J'ai un faible pour ce genre d'endroits (je vous raconterai le Causse Méjean un autre jour), alors je ralentis et on profite, d'autant que la température est redevenue raisonnable.

Une longue halte au joli village de Puebla de Sanabria, puis on aborde le Portugal par une route à virolos rigolos qui redescend ensuite sur Bragancia.

Ca y est, on est au pays de Magellan, de Vasco de Gama et de Christiano Ronaldo (cherchez l'intrus), et ça fera l'objet d'un prochain récit.


En attendant, les rubriques habituelles :

Magellan en aurait rêvé, Aristide Garmin et Thomas Gépéhesse (surnommé Tom-Tom par ses copains de lycées) l'ont fait, et vous pouvez les télécharger, ce sont les fichiers de l'itinéraire :

Leon - Bragancia.gdb (format GDB)
Leon - Bragancia.gpx (format GPX)

Une bonne adresse :
- Hôtel Eurostar, Calle de Velázquez, 18 ( http://www.eurostarsleon.com/FR/hotel.html )





27 octobre, 2013



Espagne, côté Atlantique

Episode 2 :
Cantabrie et Asturies

On continue à longer la côte Atlantique de l'Espagne, mais d'abord une mise au point : En racontant notre périple au-delà des Pyrénées, on m'a parfois rapporté des situations de "racket" de la part des autorités envers tout ce qui n'était pas muni d'une immatriculation ibérique, et qui faisaient moins penser à la mission d'un représentant de l'ordre et de la sécurité routière et plutôt à la façon d'agir du juge Roy Bean :


 (Un immense merci à Messieurs Goscinny et Morris pour un des meilleurs albums de Lucky Luke à mon goût)

Bien que je ne nie pas que de telles choses puissent être arrivées à certains, je peux dire qu'en plus de 3000 Km en Espagne et au Portugal, que ce soit sur autoroute ou sur route à peine revêtue, en stationnant en ville ou en m'amusant un peu sur les routes de montage, je n'ai jamais été confronté à ce genre de situation.
(Qu'on ne verrait jamais dans notre beau pays à nous, non ?)

Je dois dire aussi que mes seuls contacts avec l'autorité ont été à l'occasion de la recherche de mon chemin, et là ça s'est plutôt bien passé. De plus, j'ai pu constater que les Espagnols ont un respect très relatif des limitations de vitesse, et en suivant le même rythme qu'eux je n'ai pas eu le moindre souci.

On m'avait juste indiqué qu'il fallait posséder un gilet jaune par personne à bord d'un véhicule, et au cas où cette prescription vaut aussi pour les motos j'avais emporté deux vestes de pluie bardées de jaune, qui auraient pu passer pour la version française du gilet de sécurité. Ceci dit, ça n'est pas inutile d'être vu si les aléas de la mécanique vous stoppent au bord d'une route, depuis lors j'ai rangé un vrai gilet jaune sous ma selle (mais je ne conduis pas avec, je suis convaincu que ce n'est pas la solution à l'accidentologie des deux-roues !)

Bref, je garde mon excellente impression de mon périple motocycliste et ibérique.

Et l'office de tourisme espagnol ne m'a pas rétribué pour cette publicité.

Donc, protégés de la prévarication policière par notre bonne étoile, on passe en Cantabrie.

Insensiblement, depuis Bilbao, le paysage s'adoucit, les montagnes s'éloignent du littoral, remplacées par des collines verdoyantes.

Je précise "Verdoyantes" : Le nord de l'Espagne est aussi appelé "l'Espagne Verte", n'oublions pas qu'on est directement exposé à un vaste océan, face aux vents du Nord qui ne sont pas réputés pour être les plus chauds, et que les nuages véhiculés par ceux-ci sont facilement bloqués par les montagnes.

Tout ceci ne favorise pas la sècheresse, et j'ai cru comprendre que notre bonne étoile ne nous pas seulement protégé des ripous mais aussi de la pluie...

Par contre, on a constaté un phénomène assez curieux, constaté jusque sur les côtes portugaises : En plein milieu de journée, il n'est pas rare de voir arriver depuis la mer un nuage épais qui occulte le soleil quelques instants.
Niembro, 13 H 16
 La température chute de quelques dizaines de degrés, on sort les moufles et les polaires et on attend, ça finit par s'en aller.

J'exagère, mais à peine.

Niembro, 13 h 20
Toujours la faute au petit vent qui souffle imperceptiblement, et qui rafraîchit l'atmosphère. Au-delà de ce phénomène brumeux, cela signifie surtout que le lézardage risque vite de se transformer en cauchemar, la sensation de brûlure solaire étant masquée par le souffle d'Eole.

Mais reprenons notre chemin : On continue plus ou moins à longer la côte, avec le joli port de Castro Urdiales, puis la route s'éloigne un peu de la mer avant d'arriver à Laredo. Après le passage au milieu de la lagune sur une digue, la petite ville de Santona présente quelques curiosités : D'abord ce qui est peut-être la plus large "promenade" de bord de mer, qui borde ce qui est certainement la plage la plus étroite de toute la côte (moins d'un mètre). Le ratio entre les deux (du moins à marée haute) est assez amusant... On comprend que la plupart des baigneurs rejoignent les chaises-longues en béton armé disposées le long de l'allée principale.


L'autre centre d'intérêt est que Santona est la ville de l'anchois, n'y passez pas sans goûter les filets en boîte, d'une délicatesse extrême.

On rejoint ensuite la baie de Santander, mais la ville est à éviter pour des raisons de circulation intense et/ou d'asociabilité croissante de ma part, à vous de voir. Notre chemin passe ensuite par Comillas et San Vicente de la Barquera, les paysages deviennent de plus en plus doux, et au loin les Pics de L'Europe sont coiffés de blanc.


On passe dans les Asturies, courte visite dans la jolie ville de Llanes et son petit port en plein milieu de la ville, puis, le temps passant un peu trop vite, on choisit de prendre l'autoroute pour s'avancer un peu : Si on fait le compte depuis qu'on a passé la frontière, on doit rouler à une vitesse moyenne de 40 km/h, à ce train-là il va nous falloir 3 mois de vacances pour explorer le nord de la péninsule ibérique. Moi, je ne suis pas contre, il nous plaît bien ce pays, mais l'impitoyable oppression du capitalisme libéral sur les masses prolétariennes exploitées, vous savez ce que c'est...

On oblique donc vers le sud, mais pour monter vers la Castille on abandonne l'autoroute et ses tunnels pour prendre la route du col, impressionnante avec ses points de vue et ses passages à 17%.

Par contre, la descente vers le haut plateau de la Castille nous a fait un peu trop penser au film "Duel" avec les camions lancés à pleins gaz et acrobatiques à doubler. On est quand même arrivés à Leon, mais je vous raconterai ça une prochaine fois.


Pour vous laisser guider par les voix célestes :
Cantabrie.gpx
Cantabrie.gdb

Quelques adresses :
 * Hôtel Solatorre à la sortie de Comillas, sur la route de St Vincente, calme et à 2 pas de la ville
 * Toujours à Comillas, évitez les restaurants de la Plaza del Coro del Campios (LA place touristique de la ville), il y en a plein d'autres plus sympas dans les rues adjacentes, mais par contre allez au glacier de cette place, elles sont monstrueuses ! !




24 août, 2013




Espagne, côté Atlantique

Episode 1 :
Euskadi - Le Pays Basque

Asseyez-vous autour de moi, les enfants, Pépé va vous raconter une belle histoire.

Kevin, arrête cinq minutes avec ta console de jeux. Jason, n'en profite pas pour lui prendre.

Sabrina, tes copines n'ont pas besoin de savoir en temps réel tout ce qui t'arrive, et si tu tiens absolument à tout leur dire, on n'écrit pas "istoar" comme ça.

Alors voilà : Imaginez un pays où il fait beau mais pas trop chaud, où les paysages sont magnifiques avec la mer, les montagnes, la campagne, où les gens sont gentils et, même si vous ne  parlez pas leur langue, ils essayent quand même de vous faire plaisir. De plus, l'essence, les hôtels et les restaurants sont beaucoup moins chers. Ajoutez à ça des automobilistes qui roulent vite mais bien (qui dépassent les limitations mais ne font pas d'excès de vitesse, nuance), des routes en bon état qui tournent, qui montent et qui descendent, bref un paradis pour faire de la moto.

Une moto ? Eh bien, Kévin, c'est un peu comme les engins à deux roues des mutants de la planète Zghhjdrr dans ton jeu "Total Anihilation 2027", mais en moins violent, et ça n'est pas équipé d'un lance-roquettes mais de grosses valises et ça nous permet de voyager, d'aller voir des pays...

Oui, Sabrina, c'est un peu comme les webcams sur Internet; Non, Jason, le pays de ton copain Khaled ce n'est pas l'Arabie c'est la Tunisie et puis il est né en France et ses parents aussi, et il parle certainement mieux le français que toi, il ne dit pas "en fait" et "d'abord" cinq fois par phrase.

Bon, j'en étais où ?

Ah oui, la côte Atlantique de l'Espagne.

En fait, d'abord (tu m'énerves Jason), on ne parle pas de l'Atlantique mais de la mer Cantabrique, n'oublions pas que la Galice et ses régions limitrophes revendiquent une appartenance à la culture celte et qu'il convient de ne pas confondre leur mer à eux avec celle du reste du monde.

Bon, on y va ?


Direction le sud-ouest, le bout des Landes : Une fois que l'on passe l'Adour, on change de paysage, le plat prend du relief, la côte se découpe, les Pyrénées commencent à se faire remarquer. La route qui longe la côte, de Biarritz à Hendaye par St Jean de Luz donne déjà le ton, mais passé la frontière, comme dit plus haut, ça tourne, ça monte et ça descend avec au détour d'un virage un point de vue saisissant sur une baie avec un une belle plage au fond, et les montagnes en arrière-plan.

La côte est très découpée, je l'ai déjà dit, il y a des "Rias" qui sont des bras de mer qui rentrent dans les terres ; Ce ne sont pas les fjords de Norvège, mais ça donne déjà des superbes vallées, et puis l'ambiance est espagnole et pas nordique, on pourrait appeler ça les Fjords Fiesta (je sais, j'ai honte mais je n'ai pas pu m'en empêcher...)

Parfois, une petite route en cul-de-sac vous emmènera à un petit port coincé entre deux montagnes, ça nous a fait penser aux Cinq Terres, en Italie, un de nos grands coups de coeur (pour en savoir plus, c'est par ici )


La route nous mène à Bilbao, je serais bien allé voir le musée Guggenheim, mais dès qu'on quitte le bord de mer où il y a toujours un peu de vent pour rafraîchir l'atmosphère, on a le cagnard qui nous tombe dessus. Ajoutez à cela une circulation infernale (le fait que les Nord-Espagnols conduisent bien n'empêche pas qu'ils soient nombreux) et on s'est dits qu'il valait mieux éviter les grosses villes pour cette fois-ci.

Un coup d'autoroute (gratuite) pour se dégager de l'agglomération tentaculaire, et on passe de l'Euskadi à la Cantabrie.

On se retrouve pour un prochain article... En attendant, la route qui tombe des étoiles c'est par là :

Euskadi (format GPX)
Euskadi (Format GDB)

Attention, ça ne représente qu'une deuxcentaine de kilomètres mais comptez une grosse journée pour parcourir cette route, ça serait dommage de passer en coup de vent. Pas de bonne adresse à recommander ici, on s'est un peu fourvoyés en cours de route et l'hôtel n'a pas été inoubliable (Mutriku). A signaler quand même le restaurant "La buvette de la Halle" à St Jean de Luz, les sardines grillées méritent une halte !


24 juin, 2013



"La carte n'est pas le territoire"


D'accord, mais ça donne déjà une bonne idée... Quand on sait que cet aphorisme, énoncé par Alfred Korzybski, est considéré comme un jalon important dans le mouvement épistémologique moderne, une critique du système aristotélicien et une analyse de son substrat étiologique et pathologique, et l'émergence d'une méthode non-linéaire, on se dit qu'il ne devait pas souvent se balader en moto, l'Alfred.

(Tiens, vous aussi vous connaissez Wikipédia ?)

Moi, j'aime les cartes routières, c'est beau une carte, c'est un peu abstrait, il y a du constructivisme là-dedans, ou du Mondrian qui aurait perdu sa règle et son équerre..


Dépliez une carte et commencez à rêver : A côté du trait rouge, épais, qui file à travers la plaine, il y a le serpentin jaune, chemin des écoliers à moteur, qui se borde de vert en suivant la vallée de la petite rivière, qui va de Sainte-Beuve-en-Rivière à Ernemont-Boutavent, en passant par Beaubec-La-Rosière, rien que ça on a envie d'y aller.

Parenthèse : Repliez une carte et commencez à vous énerver. D'après Goscinny et Gotlib, on reconnait un mutant à sa capacité à replier une carte routière du premier coup. J'ajouterai qu'on reconnaît un motard à sa capacité à plier une carte routière de façon à laisser son parcours visible et de façon à ce qu'elle rentre dans la pochette supérieure de sa sacoche de réservoir.

Peine perdue, les pochettes supérieures des sacoches de réservoir sont TOUJOURS un poil trop petites pour y laisser entrer une carte routière, fût-elle pliée par un mutant.

Fin de la parenthèse, qui vous a laissé le temps d'aller commander en urgence la collection complète des "Rubrique-à-Brac" des auteurs précités.

Une carte routière, c'est comme un dictionnaire, on la consulte d'abord pour une raison précise puis on se laisse entraîner, dans un dico c'est par les autres mots de la page ou des renvois aux autres définitions, avec une carte ce sont les points remarquables ou les sites historiques que l'on voit du coin de l'oeil à proximité de la route que l'on doit suivre.

Essayez de faire ça avec une carte de GPS, vous n'y arriverez pas, c'est pas fait pour.

" Le GPS n'est pas la carte"

Selon moi, les deux sont complémentaires : Une balade se prépare avec une carte, sur un coin de table, on repère les coins sympas, les routes touristiques, les points de vue et on reporte tout ça dans la boîte grise. Comme ça, on ne se perd plus au coin de la départementale 235 et de la départementale 325, à moins que ce ne soit la départementale 535, ou on n'hésite plus entre la Ville-des-Bois et BoisVille ou La Ville-Forêt.

Je n'exagère pas, près de chez moi il y a plusieurs villages dans un rayon de 20 Km dont les noms se terminent tous en "Ville" et ont pratiquement la même prononciation, à une lettre près. Impossible de faire confiance uniquement à sa mémoire...


L'inverse est également possible : On part au hasard tout en enregistrant son trajet, que l'on reporte ensuite sur une carte, ou que l'on suit sur Google Earth : C'est là qu'on voit que le chemin est passé à côté d'un petit lac sympa ou d'un village intéressant.

Mais le GPS en moto, c'est un non-sens, on ne peut pas passer son temps avec le nez dessus (en voiture non plus d'ailleurs, du moins il me semble) et on ne peut pas entendre la voix suave et néanmoins impersonnelle vous inviter à "Tour - ner àdroite dandeussan cinq - ant'mètres". Alors, faut bricoler un peu, dans un prochain message je vous donnerai quelques astuces pour vous équiper à moindres frais...

En attendant, à l'ancienne, faites-vous un itinéraire avec des cartes, du papier et un crayon, avec un peu de chance vous découvrirez les Indes à l'ouest de l'océan Atlantique.

Comme je le disais à Alfred au bar des 4 Chemins alors qu'on discutait du substrat étiologique de ses histoires de carte et de territoire :

"Le trajet n'est pas la route"

(Je vous laisse réfléchir là-dessus, dans deux heures je ramasse les copies)


21 mai, 2013


Les Cinq Terres

Il y a des endroits comme ça, où on reste sur le c..

Au détour d'une route de montagne, on a la vue qui tombe à pic dans la mer et puis on voit, tout en bas, une petite ville rouge, bleue, jaune et des bateaux de la même couleur. C'est magique.

Alors, faut couper le moteur, retirer le casque et puis ouvrir grand les yeux, et là on reste suspendu, sans rien dire, le temps s'est arrêté.

On venait d'arriver aux Cinque Terre (les 5 terres, vous aviez pigé, c'est sympa l'italien, on comprend presque tout).

Pour vous situer, c'est là : http://goo.gl/maps/BZ5Vn

Un des sites ouaibe : http://www.cinqueterre.it/info.php

Après avoir longé la Riviera Italienne et son ambiance qui fait imaginer ce que devait être la Côte d'Azur dans les années 50, passez Gènes et suivez la côte jusqu'à Sestri Levante. Là, au bout d'une zone industrielle, vous tombez sur une file de voitures arrêtées, avec les conducteurs qui discutent entre eux ou lisent le journal en regardant nonchalamment vers un chronomètre affiché au-dessus de l'entrée d'un tunnel.

http://goo.gl/maps/cD44t

Le chronomètre se rapproche du zéro, plus aucune voiture ne vient en face, les petites minettes en scooter enfilent une veste alors qu'il fait 35°, les moteurs démarrent et gentiment, tout ce petit monde rentre dans la "Galleria". Et c'est parti pour un tunnel où il fait vraiment très froid (par comparaison avec l'extérieur, on comprend les minettes en anorak au mois de juillet), et où on pourrait toucher les bords en étendant les bras.

Tout d'un coup, le tunnel ressort à l'air libre pour 100 mètres, en plein éblouissement on a le temps de voir une petite plage avec 5 parasols et un marchand de gelatti, et on replonge dans les entrailles des Apennins. Rien que ça c'est déjà magique, on voudrait continuer ainsi durant des heures.

Au bout d'une dizaine de kilomètres de trou noir et de mini-stations balnéaires, on retrouve le ciel bleu, la route redevient normale et pas d'autre choix que de remonter dans la montagne et de suivre la crête. Enfin, c'est l'apparition miraculeuse, on est aux Cinque Terre.

Il s'agit d'un groupe de cinq villages coincés entre mer et montagne, qui vivent depuis des siècles de la vigne et de la pêche, répartis le long d'une côte abrupte qui va jusqu'à La Spezia. Pour chacun, une seule minuscule route pour accéder, en voiture il faut se garer à des kilomètres, heureusement en moto on peut arriver à l'entrée du village, ensuite c'est des petites rues fraîches, des places ensoleillées et des escaliers comme en Italie, on dirait le sud, avec du linge étendu sous les fenêtres et c'est joli...


Même pour un mois d'été, l'ambiance n'est pas trop touristique, il y a toujours des vrais gens qui habitent ici et vous parlent gentiment, et sont plutôt contents quand on leur dit qu'il sont dans le plus bel endroit du monde.

Chaque village a sa particularité, d'abord c'est Monterosso, la seule vraie station balnéaire avec sa plage à parasols ; Détail amusant, il y a une voie ferrée qui longe la côte et la gare est placée à deux pas de la plage.

Quand je dis deux pas, c'est deux pas : Entre le quai de gare et le sable, il y a un trottoir où on ne marche pas à trois de front. On voit donc les locaux descendre du wagon avec la serviette sur l'épaule, à la limite ils sont déjà en maillot, et sauter dans l'eau alors que le train est à peine reparti.


Ensuite il y a Vernazza et son petit port, Corniglia accrochée à la corniche et ses millions de marches pour descendre sur la mer, Manarola et enfin Riomaggiore où le port est si petit que les barques sont rangées dans les rues.



Tous les villages sont reliés par une voie ferrée, je l'ai dit plus haut, mais aussi par un sentier de randonnée où on découvre encore mieux ces paysages fabuleux.

Pour l'hébergement, à mon avis il faut réserver deux ans à l'avance ou payer le prix fort, on a trouvé un hôtel à 30 Km de la côte (5 Km à vol d'oiseau...), à Borghetto Di Vara, à côté de la station de bus.

http://goo.gl/maps/Gsuky

On aurait peut-être pu trouver plus près, mais c'était sympa, bon marché et refait à neuf, et la route était assez amusante pour aller aux Cinque Terre, même si on se faisait prendre 5 secondes au tour par les mômes en scooter, en chemisette et sans casque.

Dans les villages on trouve de quoi se restaurer sans problèmes,depuis l'épicerie pour le pique-nique jusqu'au restau *****, en passant par l'honnête pizzeria aux prix raisonnables.

Une fois dans votre vie, allez aux Cinque terre, c'est inoubliable, c'est l'Italie, que vous dire encore pour vous inciter à y aller ? Découvrez-les vous-même, chacun y trouvera son petit goût de paradis.

Je ne peux cependant pas parler de ce site sans évoquer une catastrophe survenue en octobre 2011, des terribles inondations ont ravagé la région, des villages ont été dévastés par des torrents de boue de près de 2 mètres de hauteur. J'ai même vu que l'hôtel cité plus haut avait été endommagé (il est près d'un pont sur une petite rivière qui n'était qu'un filet d'eau à chaque fois qu'on est passés par là), j'espère qu'ils ont pu s'en sortir, les proprios avaient fait des gros travaux dans l'un des bâtiments.

A priori, le courage et la ténacité des habitants ont permis de reconstruire au mieux, alors, ne serait-ce que pour rendre hommage à leur volonté de préserver ces sites, allez-y...